Apateu-Paradis construit (2026)
une installation construite à partir de données immobilières coréennes.
J'ai collecté des données réelles : prix, surfaces, étages, années de construction, localisation.
Ces données sont normalement utilisées pour comparer, classer et évaluer les logements.
Ce qui m'intéresse n'est pas seulement le logement lui-même mais la manière dont la donnée produit une idée de la norme.
J'ai été particulièrement influencée par les réflexions autour de l'homme moyen d'Adolphe Quetelet et par la logique statistique qui définit ce qui est normal et ce qui devient exceptionnel.
À partir de ces données, j'ai dessiné des courbes de distribution sur les tableaux imprimés.
La courbe agit comme une représentation visuelle de la moyenne.
Mais cette moyenne ne montre pas toute la diversité des situations.
Je m'intéresse donc davantage aux écarts qu'à la moyenne elle-même.
En parallèle, j'ai construit des volumes en ciment inspirés des plans d'appartements.
Le ciment évoque la construction mais aussi une certaine rigidité.
J'avais envie de matérialiser physiquement ce qui est normalement abstrait dans la donnée.
Ainsi, les données deviennent des objets, des volumes, presque des présences.
Dessins sur le papier quadrillé
On retrouve ce type de grille dans les mathématiques, l'architecture ou encore les tableaux de données.
Elle permet de situer les choses, de les comparer et de les organiser.
En travaillant sur cette structure, je me suis souvenu d'une histoire que j'avais apprise au collège.
On raconte que René Descartes aurait imaginé le système de coordonnées en observant une mouche sur un plafond et en cherchant un moyen de décrire précisément sa position.
Cette histoire m'a toujours marquée.
Je me demandais parfois ce qui se serait passé si cette mouche ne s'était jamais posée là.
Dans ce travail, au lieu de dessiner sur la grille, j'ai commencé à effacer certaines lignes avec un stylo blanc.
Le geste est très simple.
Je ne rajoute presque rien.
J'enlève.
Ce qui m'intéresse ici est l'idée de disparition.
Comment créer une petite rupture à l'intérieur d'une structure déjà existante ?
De loin, le dessin semble complètement blanc. De près, les lignes effacées réapparaissent et évoquent presque un tissu.
La mesure démesurée, performance, 2026
Pour cette performance, plusieurs personnes mesurent collectivement un magasin vide à l'aide de mètres rubans.
Puis les chiffres sont inscrits directement sur la vitrine.
À première vue, il s'agit d'un geste simple et objectif.
Mesurer semble être une manière de comprendre un espace.
Mais plus la performance avance, plus son absurdité apparaît.
Les participants recommencent les mêmes mesures plusieurs fois.
Les chiffres s'accumulent sur la vitrine.
Pourtant, malgré toutes ces informations, la somme obtenue ne nous apprend pas grand-chose sur cet espace.
Je me suis alors demandé : pourquoi sommes-nous si obsédés par la mesure ?
Cette performance prolonge ma réflexion sur les systèmes de mesure.